dimanche 3 novembre 2019

Rois de cendres - Kayla Ancrum


// Editions Milan //
// 315 pages // 
August et Jack n'ont jamais fait partie du même monde. August est discret, alors que Jack est la star du lycée. Pourtant, tous deux partagent bien des secrets, à commencer par leur amitié qui remonte à l'enfance. Quand Jack semble envahi par des hallucinations inquiétantes, c'est le monde d'August qui s'effondre. Il réagit alors de la seule façon qui lui semble envisageable : en plongeant dans la folie de Jack.
Quand on ouvre ce livre, c'est avec l'intention de plonger dans l'imaginaire ou la folie d'un adolescent. Pourtant, on réalise très vite que tout cela n'est qu'un argument de l'autrice pour pointer du doigts quelque chose de bien plus grave et effrayant que des hallucinations mettant en scène un royaume en péril : l'abandon. 
Je ne m'étendrai pas longuement sur la question car Kayla Acrum explique évidemment bien mieux que moi l'intention de son roman en note de fin, mais il s'agit bien là d'un cri du cœur qui rappelle combien l'être humain a besoin d'amour et de considération pour s'épanouir, ce que nos deux héros cherchent l'un en l'autre au milieu du chaos de leurs vies.
Ce n'était pas prévu, mais la lecture de ce roman fait écho à mon article sur Joker dans lequel il est question du désespoir qu'engendre une société indifférente à la souffrance et la solitude.

J'ai beaucoup apprécié ma lecture. Des chapitres courts servis par une écriture dynamique pour un roman qui se dévore en un rien de temps. Le travail autour du livre lui-même est magnifique, avec ces pages qui s'assombrissent en même temps que la vue et l'esprit de Jack, rendant l'expérience d'autant plus immersive.

Cet ouvrage ne plaira certes pas à tout le monde mais il sort du lot par la nécessité de son propos et l'originalité de sa mise en oeuvre. 

En vous souhaitant de belles lectures et une agréable fin d'après-midi...


vendredi 1 novembre 2019

Joker (2019) - Todd Phillips


En 1981, à Gotham City. Arthur Fleck travaille dans une agence de clowns. Méprisé et incompris, il mène une vie en marge de la société et vit dans un immeuble miteux avec sa mère Penny. Un soir, il se fait agresser dans le métro par trois hommes, le poussant à les tuer en retour. 
Quelle surprise de constater que ce film consacré au plus célèbre méchant de DC comics ait fait couler autant d'encre, sinon plus, que les dernières parutions Marvel sans pour autant être un film de super héro!
Certains jugeront que Joker est une critique bien facile de la société ou d'autres l'accuseront de faire l'apologie de la violence mais pour ma part le film ne correspond à aucune de ces deux déclarations. 
J'ai aussi été surprise de lire autant d'avis enthousiastes le qualifiant de "magnifique!" tandis que je suis sortie de ma séance le moral dans les chaussettes et le cœur en miettes.

Oui, c'est un fait, sous ses airs de thriller psychologique innocemment égaré dans une ville fictive, Joker dénonce les travers de notre société, mais pas forcément ceux qui semblent les plus évident. Loin de pointer les écarts entre les riches et les pauvres comme beaucoup avant lui, Joker met en lumière l'absence, bien pire que celle d'une utopique égalité, d'humanité.
On en défend de grandes causes à la télévision, mais qu'en est-il des entre-deux, des laissés pour compte, les pauvres qui n'ont pas le droit de se plaindre parce qu'ils ont un endroit où dormir? Les malades dont on ne voit rien puisque c'est dans leur tête? Ceux qui sont passé à tabac mais ont eu la chance de ne pas être tués?


Arthur est un homme sans véritable relation, qui vit seul avec sa mère depuis une éternité. Dès les premières minutes, il est victime d'un vol, puis d'une agression physique avant qu'on ne lui ri au nez à l'évocation de ce malheureux épisode et à aucun moment on ne lui vient en aide. Gotham City, la ville de Batman me direz-vous... mais est-elle véritablement différente de celles que l'on connait?
Cet homme entre deux âges est aussi porteur d'un handicap non reconnu qui l'amène à subir le regard méprisant et accusateur des autres face à un comportement inhabituel immédiatement associé à quelque chose de mauvais.
Qu'importe qu'il soit gentil et souhaite faire le bien autour de lui.
Et la solitude, chaque jour qui passe, le ronge un peu plus.
Lorsque Arthur Fleck se rend coupable d'un triple meurtre, l'accent est mis sur le statut social de ses victimes mais est-ce le véritable problème ici soulevé? Trois hommes s'en prennent à une femme, celle-ci disparaît, ils changent de proie. Cette proie, c'est Arthur, dont l'existence a déjà été trop rudement menée. Cela excuse-t-il son acte? Certainement pas. Pourtant, il lui est libérateur de mettre un terme à cette souffrance d'un simple geste.

C'est là que le Joker naît.
Quand il réalise que le chaos dans lequel il vit est moins pénible à traverser en agissant, quitte à détruire. Il apparaît, dans cette guerre au cœur de la ville, dans cette explosion de lumières et de couleurs macabres maîtrisée avec génie par un metteur en scène qui a su faire de ce film une merveille esthétique.


Ce film qui pointe du doigt la violence physique et morale que l'Homme fait subir à ses semblables n'aurait jamais eu le même impact sans la prestigieuse prestation de Joaquin Phoenix, tour à tour vulnérable, effrayant, déchirant d'émotion et terrifiant de cruauté.
Son implication pour rendre le Joker plus réel que jamais parle d'elle-même car il s'est renseigné et a visionné de nombreuses vidéos de personnes atteintes de rire prodromique ou pathologique, affection résultant d'un syndrome pseudo-bulbaire qui peut être occasionné par une multitudes d'atteintes neurologiques (AVC, sclérose en plaque, etc.).
Je trouve assez brillant d'avoir rendu le rire du Joker, jusqu'à présent associé à une hilarité cruelle, aussi triste que son personnage puisqu'il ne traduit à aucun moment de la joie, ni une réelle euphorie.
Mais cela, personne ne le voit, ni n'essaie de comprendre.

Ce film commence dans la douleur et se termine dans la douleur, mais parvient au milieu à nous faire passer tout un tas de messages, à nous faire réfléchir sur ce monde souvent chaotique dans lequel on vit, mais aussi sur nous-même et le genre de personne que l'on choisit d'être. 

Après plus de six mois d'absence je reviens avec un article qui sonne plutôt pessimiste mais comprenez bien que j'ai trouvé ce film véritablement fort et important et que parfois les ténèbres ne sont qu'un détour pour revenir vers la lumière.

En vous souhaitant une belle soirée!

dimanche 14 avril 2019

The Wicked Deep - Shea Ernshaw



// Editions Rageot //
// 396 pages //
// Sortie le 24 avril 2019 //
Un grand merci à Netgalley et Rageot pour ce SP numérique


Synopsis
C’est une histoire de vengeance... Il y a près de deux siècles, Marguerite, Aurora et Hazel Swan, trois jeunes femmes belles, libres et indépendantes, furent accusées de sorcellerie par les habitants de la ville de Sparrow. Des pierres accrochées aux chevilles, les trois sœurs furent noyées. Exécutées. Depuis ce jour, chaque année au mois de juin, les sœurs Swan sortent des eaux de la baie pour choisir trois jeunes filles, trois hôtes. Dans le corps de ces adolescentes, Marguerite, Aurora et Hazel reviennent se venger. Et cette année encore, Penny le sait, alors que les touristes afflueront, on retrouvera des cadavres de jeunes hommes sur la plage… Car cette malédiction, rien ne semble pouvoir l’arrêter.


Mon avis
C'est si difficile de comprendre comment tout cela fonctionne, le fait d'aimer ou non une oeuvre, d'y adhérer, de se plonger totalement dedans, qu'il s'agisse d'un roman, d'un film, d'un morceau de musique... Aussi il m'est difficile d'exprimer clairement pourquoi j'ai tant aimé The Wicked Deep, si tant est qu'il existe un réel "pourquoi". Ce roman m'a littéralement transportée. J'ai su dès les premières pages qu'entre nous, ça allait bien se passer.
Le mystère, l'ambiance si particulière qui émane de ses pages, la fascination qu'il exerce sur son lecteur, est assez indescriptible.
Cette histoire se déroule à Sparrow, une petite ville côtière dont les rues se voient envahies par les touristes au moment où la terrible exécution des Swan Sister est célébrée. Une tradition morbide qui aboutit à chaque fois sur un drame.
Sous ses airs de roman d'épouvante, The Wicked Deep nous offre une réflexion sur l'humain. Qu'est-ce que l'Humanité? Pour reprendre les paroles de son bon vieux Clopin : "l'homme est-il un monstre ou le monstre un homme?".
Les habitants de Sparrow, en condamnant trois jeunes femmes par haine, jalousie et peur de l'inconnu, commettent un acte sans pitié, et engendre eux-même le mal qu'ils se targuaient de combattre. Cette cruauté sans nom mènera à la vengeance, laquelle ne connaîtra aucune limite.
Se posera ensuite la question de la culpabilité, des regrets, du pardon, de la rédemption.
Est-il possible de faire table rase du passé? D'oublier les crimes perpétrés?
Cette histoire est un véritable régal, car outre sa plume captivante et de qualité, elle nous amène à nous questionner sur les choix qu'auraient pu être les nôtres si nous avions été à la place de tel ou tel autre personnage. Pourrions-nous sacrifier le bonheur d'autrui pour sauver le nôtre? Quel est la bonne décision? Qu'est-ce qui fait de nous de bonnes ou de mauvaises personnes? Est-il possible d'accorder son amour à quelqu'un que l'on juge mauvais, dont le passé est pavé d'actions répréhensibles?
Car oui, dans The Wicked Deep, il est question d'amour. Et les sentiments décrits m'ont chamboulée, bouleversée, transpercée. C'est beau et terrible à la fois. Un condensé d'émotions fortes. Et une fin qui terrasse. Celle que j'espérais et que je craignais de ne pas voir arriver.

Pour conclure
Vous l'aurez compris, je valide cette lecture à 200%. Entre son ambiance inquiétante qui n'est pas sans rappeler quelques inquiétants teen movies, et ses réflexions que je trouve des plus pertinentes sur le genre humain, c'est un délectable sans faute que je vous recommande chaudement! Attention, il ne s'agit pas d'un page turner bourré d'action, bien au contraire : ici, on contemple, on savoure et on se laisse couler tout doucement dans les eaux sombres du port de Sparrow...

vendredi 26 octobre 2018

Puisque c'est ma rose, Tome 1 : Eclore - Jade River



Lectrice acharnée, boxeuse à ses heures perdues et lycéenne à peine studieuse... Abélia se sent en décalage avec les jeunes de son âge.
Heureusement pour elle, sa nature discrète lui permet de rester à l'écart de l'agitation de ses camarades. Et surtout, loin des problèmes.
Le jour où M. Valverde, son nouveau professeur de littérature, arrive au lycée, Abby est certaine qu'entre eux le courant ne passera pas.
Mais au contraire, cette rencontre l'électrise et le contrôle qu'elle exerce tant bien que mal sur ses émotions vole bientôt en éclats.
Conscients que le lien qui se tisse entre eux est interdit, tous deux vont s'efforcer de garder leurs distances. Mais pourront-ils lutter longtemps contre leurs sentiments ?

Quel mois de lecture !
Après la grosse claque du Journal Rouge, je ne m'attendais pas à trouver un lecture à ce point en phase avec ce que je recherche dans un roman. Eclore était disponible sur Netgalley en mai dernier du coup je me suis dit "pourquoi pas?" sans grande conviction. Quelle erreur!
J'ai aimé chaque détail de ce roman.
Je suis entrée dans l'histoire dès les premières pages.
L'héroïne, ses proches, les sentiments décrits, les émotions qui la submergent, tout m'a semblé d'une justesse totalement déroutante et je ne m'y attendais absolument pas.
Ni le résumé et encore moins la couverture (qui est certes magnifique) ne laissent présager le contenu de ce roman ni la manière dont la thématique mise en avant est abordée.
Ici, pas de personnage parfait et irréprochable. Chacun porte sa croix, trébuche et se relève.
L'autrice casse les codes en offrant à Abby une personnalité unique, des réflexions profondes qui remettent en question les normes que nous impose la société.
L'alchimie qui existe entre Abby et Arthur est surprenante, à part, pour une fois que tout n'est pas basé sur la seule attirance physique et quelques punchline. La connexion est tout d'abord intellectuelle, de part leurs références littéraires ou musicales qu'ils partagent et les questionnements existentiels qui en découlent sans que l'on ne sombre dans des échanges barbants et prétentieux.

En bref, un magnifique roman, une tranche de vie qui aborde un tas de thèmes tabous, importants et passionnants avec des personnages terriblement attachants et hauts en couleur. Le seul point négatif que je lui trouve, c'est qu'il n'y ait pas de date encore annoncée pour la suite!

vendredi 19 octobre 2018

Le Journal Rouge - Lily R. Davis



// Editions Infinity //
// 591 pages //

Un grand merci à Netgalley et la Collection Infinity pour ce service presse.


Nous sommes en 1965, à Washington. Tout le monde reprend en chœur les refrains des Beatles et les slogans lors des marches citoyennes. La jeunesse se soulève contre la ségrégation, contre la Guerre. La jeunesse veut aimer sans contraintes. C’est la génération hippie. Rose a passé des années dans un pensionnat pour jeunes filles et si elle regarde de loin cette nouvelle liberté, elle ne se sent pas le droit d’y plonger. Orpheline, recueillie par un oncle Colonel dans les Marines et basé à Saigon, Rose se sent prise au piège. Elle invente alors Max. Un pseudonyme derrière lequel elle se cache pour écrire des chroniques dans un journal universitaire.
Alec est un activiste. Il se bat pour un monde en paix, pour toutes les vérités. Il se bat surtout pour mettre fin à cette guerre, au Vietnam, qui emporte trop de jeunes soldats. Avec ses amis, il travaille pour un petit journal clandestin. Le Aldous. De communautés hippies en sit-in, il a toujours un stylo à la main et la rage au cœur.
C’est la passion de l’écriture qui les réunira. C’est pour l’autre qu’ils se dépasseront. Ensemble, avec le Aldous et cette jeunesse éprise de liberté, d’égalité et de paix, ils brandiront la plus grande de leurs armes : les mots. De manifestations en désobéissances civiles, dans une société qui refuse encore de les émanciper, ils se battront pour leurs droits, pour leurs lois, pour leur vie. Malgré les dangers de la vérité et ceux qui voudront les faire taire, malgré l’ombre de la conscription et de cette guerre qui finira par les rattraper, Alec et Rose deviendront la voix de ceux qui ne peuvent plus parler. Sans jamais cesser de s’aimer.
Comment exprimer avec justesse la beauté de ce livre dans lequel la passion déferle à chaque page? Ce combat déchirant pour la liberté de chacun, pour l'amour et le droit de vivre pleinement. L'histoire de Rose et Alec m'a complètement bouleversée. Cet amour qui transcende tout, qui n'a cure des obstacles et du temps puisqu'il s'agit d'eux. J'aime la plume de Lily Haime, ce n'est plus un secret. Mais avec ce livre elle nous offre une fresque historique qui dépasse de loin tout ce à quoi j'aurais pu m'attendre. Car ce lien qui uni nos héros va au delà de la passion qu'ils se portent l'un à l'autre puisqu'ils se battent ensemble pour ce en quoi ils croient et en l'avenir qu'ils rêvent de voir se profiler devant eux.
Pour ce faire, ils devront franchir des obstacles et affronter des épreuves qui laisseront le lecteur désarmé et le cœur en miettes. Mais quelle magnifique histoire, quelle justesse dans les sentiments, quelle puissance dans ces personnages.
J'ai du faire une très longue pause à la moitié de ce livre. Il est certes passionnant, mais il est très long. Mais cela n'a en rien entachée ma lecture bien au contraire car j'ai ainsi pu pleinement la savourer en deux actes.
Ce roman est une pépite, une merveille qui chavire le cœur et l'âme et je ne peux que vous le recommander.


mardi 7 août 2018

Tout en nuances, Tome 1 : Hyancinthe - Erika Boyer



Hyacinthe ne supporte pas de voir son reflet dans le miroir. Il vit loin de tout, isolé, reclus ; il se cache du regard des autres et consacre son existence à son art. Il n’entretient même plus l’espoir d’être un jour aimé.
Pourtant, quand Elea entre dans sa vie, il ne peut s’empêcher d’aspirer au bonheur. Ses regards sont des caresses, ses gestes des mots doux et l’artiste en vient à croire qu’il pourrait avoir un avenir différent de celui qu’il s’était toujours imaginé.
Peut-il être homme et non plus abomination à travers les yeux de cette femme ? Mieux, peut-il l’être à travers ses propres yeux ?
C'est une chose peu commune, qui pour ma part ne m'étais jamais arrivée, que d'apprendre à connaître un auteur avant d'avoir découvert son œuvre. Pourtant, c'est sur internet que j'ai fait peu à peu connaissance avec Erika, que j'ai appris à en savoir plus sur cette personne douce et passionnante. Et c'est sans trop d'appréhension que je me suis quelques temps après plongée dans ma première lecture de son dernier roman.
Avant même d'avoir lu Hyacinthe, je savais donc que le thème principal du roman était un cheval de bataille de son auteur. Le premier opus de Tout en nuances aborde donc la question de la beauté, du physique, de tout ce qui a trait à la beauté extérieur. Du moins, c'est ce qu'il semble au départ, parce qu'il s'agit de bien plus que cela. C'est l'un des premiers points que j'ai tant aimé dans ma lecture.
J'ai toujours pensé que la beauté était subjective. On ne trouve pas tous les mêmes personnes belles. Les célébrités unanimement considérées comme telles correspondent à l'idéal fixé par la société à un instant T, mais rappelons nous que les beautés d'hier n'ont rien à voir avec celles de demain.
Comme notre subjectivité interfère dans notre jugement de la beauté physique d'un individu, il est bien évident que la beauté dite intérieure n'y est pas étrangère. Ne trouvez-vous pas belles la plupart des personnes que vous aimez? Car personnellement c'est mon cas. Les qualités profondément humaines que j'admire chez elles les rend lumineuses à mes yeux. Et c'est sans doute pour cela que je me suis autant sentie en phase avec l'héroïne qui ne voit en Hyacinthe que la beauté de son âme et l'admiration qu'elle porte à son travail depuis des années.
A l'opposé, Hyacinthe est détruit par la difformité de son visage, le lourd passé dont il se sent responsable et la culpabilité qui le ronge. Il se voit aussi laid à l'intérieur qu'à l'extérieur et s'est enfermé sur lui-même, ne tolérant la présence que de quelques proches... jusqu'à ce que Elea parvienne à briser sa carapace par sa douceur et sa bienveillance mais aussi son caractère affirmé, volontaire et passionné.
Ajoutez à cela que j'ai adoré la plume de l'auteur qui rend le récit tellement addictif qu'on ne voit pas les pages défiler. C'est un régal de bout en bout dans lequel sont disséminés çà et là quelques références à la mythologie grecque. Il me tarde de retrouver cette ambiance, ou même dans découvrir une toute autre dans la suite de Tout en nuances.

mardi 17 juillet 2018

13 Reasons Why - Saison 2 (2018)


THIRTEEN REASONS WHY
Netflix
Saison 2 - 2018
13 épisodes

Vous voyez, cette fraction de seconde durant laquelle vous vous dites qu'une barrière vient d'être franchie. Que ce qui a été fait n'était pas nécessaire. Que vouloir bien faire ne suffit pas toujours.
Eh bien c'est ce que j'ai ressenti en visionnant cette seconde saison.

Non. Je ne dit pas que TOUT est à jeter. Je dis juste que cette saison était la saison de trop. Quand bien même s'agissait-il seulement de la seconde. Mais là, en plus de nous proposer de la pure redite, les créateurs ont voulu surenchérir.
Okay, c'est bien de dénoncer des injustices, de les porter à l'écran, de nous rappeler combien la vie est montreuse, cruelle et sans issue pour certains. Encore, s'il y avait une issue. Mais non, on nous indique de composer un numéro. Ce n'est pas inutile, loin de là, mais ce n'est pas non plus suffisant.

Donc voilà la saison 2 de Thirteen Reasons Why : nos 13 faces de K7 audio se retrouvent au tribunal, à témoigner lors d'un procès qui déterminera la responsabilité du lycée où se rendait Hannah durant les quelques mois précédant son suicide. Sur le principe, c'était sacrément pertinent de passer d'une saison qui présentait le point de vue d'Hannah à une autre dans laquelle on découvrait celui des personnes responsables de sa mort. Malheureusement, ce procédé avait tout de même été disséminé ici et là au cours des 13 tout premiers épisodes permettant ainsi d'en savoir bien plus que cela n'avait été le cas dans le roman. Le spectateur était alors en mesure d'éprouver une certaine sympathie pour ces lycéens perdus, rongés par les remords.

On en apprend "plus", car il s'agit véritablement d’éléments créés de toute pièce par les scénaristes - comme cette suite n'est ici pas adaptée d'un roman - sur ces personnages, cela visiblement pour mieux comprendre leurs agissements. Pour certains, un passé sorti de derrière les fagots arrive comme un cheveu sur la soupe et rend le tout complètement absurde et incohérent (même si quelques pirouettes scénaristiques tendent à faire comme si de rien n'était). Pour d'autres, ces révélations ont clairement pour vocations de justifier voire légitimer certaines de leurs actions ou au moins les expliquer, leur donner un sens et montrer au spectateur que lui aussi, dans de pareilles circonstances, il aurait agit de la sorte. Après tout, la si parfaite Hannah n'était pas si parfaite que cela, n'est-ce pas? On nous le montre bien? Elle baisserait presque dans notre estime, non?

Il semble que tout le monde ait une dette envers tout le monde dans cette histoire, c'est dingue! Il en faut sacrément, des arguments, pour que certains se sortent ________ du fauteuil et agissent pour défendre ce qui leur semble juste! Que ce ne soit pas simple pour tous, d'accord, mais il se sont vraiment passé le mot dans ce lycée.

D'autres éléments m'ont particulièrement irritée. Comme le fait que certains personnages insistent, harcèlent voire obligent quelqu'un à témoigner. Le pire, c'est que ce n'est pas pour venir en aide à la personne elle-même (vaste hypocrisie soyons honnête...) mais encore et toujours pour Hannah. Parce que Clay a beau être droit, gentil, honnête et tout ce qu'on voudra, il voue à Hannah une véritable obsession (liée à sa culpabilité), et cela le pourri et détruit tout autour de lui.

En soi, cette saison me semblait jusqu'alors répétitive, un brin ennuyeuse et plutôt décevante.

C'est ainsi qu'on nous offre une scène de torture particulièrement violente, choquante et complètement gratuite afin que l'on comprenne mieux les actes qui seront ensuite commis par l'un des personnages. Car oui, selon le réalisateur, il fallait une scène scène réaliste et dure pour que le spectateur ressente de l'empathie pour ce personnage qui, jusqu'à présent, n'était apparemment apprécié.

Donc ça marche comme ça maintenant?
On doit violer et mutiler les gens pour qu'ils gagnent des points et que le public ressente de l'empathie, sérieusement?

De l'ennui je suis passée à la colère. Je me suis sentie trahie. Trahie par cette production qui se vente de prévenir et dénoncer la violence subie au quotidien par des millions de personnes sur Terre. Pourtant, cette série n'offre rien. Pas d’échappatoire, d'alternative, de solution possible, d'aide...
Cette série délivre un message : la monde est injuste et cruel, on nait seul et on meurt seul. Des gens nous aime mais ce n'est pas suffisant. Si vous souffrez, rien n'y fera, personne ne vous sauvera.

Beaucoup ont été choqués par cette fin. Les ripostes aux commentaires sur internet ont été violente (c'est bien, visiblement les gens ont été sensibles au message que semblent vouloir délivrer les studios!), prétendant que c'était le monde réel et qu'il fallait cesser de vivre chez les Bisounours.

Un mot à tous ceux-là : je SAIS que le monde est cruel. Violent. Monstrueux, même. Sans pitié. Cela ne m'empêche pas d'être quotidiennement choquée par ce qui s'y passe, par les horreurs perpétrées par l'Homme. Je n'ai pas besoin de voir de mes yeux la violence pour qu'elle me touche, pour que j'aie conscience de son existence.
Pourtant je sais que ce monde, aussi détruit soit-il, cache sous ses cendres les plus belles des merveilles. Le courage, la résilience, le pardon, l'espoir, la solidarité et l'amour. C'est en s'accrochant à tout ça, en continuant à y croire qu'un avenir meilleur peut-être envisagé.
Alors par pitié, arrêtez de nous montrer des séries qui ne montrent que le pire de notre espèce, en égrenant quelques belles choses de la vie avant de les piétiner plus encore après (comme vous l'avez fait sans vergogne lors des dernières minutes du dernier épisode...).
Je ne pense pas que cela aide qui que ce soit.
Mais cela reste mon avis.

Alors s'il te plait, cher lecteur, excuse-moi pour cette colère que je n'ai pas pu contenir même plus d'un mois après avoir vu cet épisode. J'ai fait de mon mieux. Mais si tu le peux fais-moi part de ton avis avec bienveillance et je le lirai avec plaisir.